Energie solaire thermique "CSP": Le triomphe d’une utopie

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Le Temps.ch (r)

Analyse
vendredi20 mars 2009

Le triomphe d’une utopie

Par Pierre Veya
«Desertec», un projet qui vise à relier les déserts du Sahara au continent européen avance à grands pas. Pour une fois, l’utopie prend forme

C’est un espoir fou, une lueur magnifique dans la grisaille d’une économie qui sombre dans la crise. Un projet qui pourrait changer l’équation énergétique de la planète. Cette idée, nous en avons parlé à plusieurs reprises, mais il est temps d’y revenir, car elle suscite l’adhésion d’un nombre toujours plus grand de pays et a trouvé de solides appuis dans l’industrie.

Le projet, «Desertec», c’est son nom, consiste à créer un réseau électrique intelligent en courant continu reliant des milliers de centrales solaires thermiques du Sahara à toutes les sources d’énergies renouvelables du continent européen (éolien, géothermie, biomasse, etc.). Une boucle qui permettrait d’alimenter l’Afrique mais également l’Europe en électricité et de mettre fin en trente ans à peine à l’hégémonie du pétrole, du gaz et du charbon! Les promoteurs du projet, des ingénieurs allemands du Club de Rome, mettent en avant une réalité physique qui fascine tout ingénieur: en six heures, le Soleil fournit à la Terre autant d’énergie que ce que l’humanité consomme en une année. En couvrant une surface équivalente à 0,3% des déserts du Moyen-Orient/Afrique du Nord avec des centrales solaires, soit grosso modo un territoire comparable à l’Autriche, l’adieu au tout fossile (80% de l’énergie primaire) est à portée humaine, une cinquantaine d’années, selon l’étude de faisabilité.

Mardi, à Berlin, le gouvernement allemand, entouré de géants de l’industrie et des concepteurs de Desertec, ont présenté la fondation internationale qui sera chargée de promouvoir le projet. Il a le soutien du consensus de Copenhague et reçu lundi l’appui intellectuel du Prix Nobel Carlo Rubbia. D’ores et déjà, il est inscrit à l’agenda de l’Union pour la Méditerranée et bénéficie de la bienveillance de la Commission européenne. Siemens et ABB, deux géants de l’équipement électrique, apportent leur caution industrielle à un projet dont les ambitions sont gigantesques. Interrogés sur sa faisabilité, leurs directeurs de recherche ont répondu: «La question n’est pas de savoir s’il faut le faire, mais pourquoi nous attendrions encore.»

Desertec, qui peut se résumer à un «super-réseau vert» et intelligent implique une révolution technologique. La principale consiste à construire des lignes à très haute tension en courant continu pour acheminer des grandes quantités de courant sur de très longues distances. Or, historiquement, les réseaux de transports sont en courant alternatif. Au tournant du XIXe siècle, tous les réseaux électriques ont en effet opté pour le courant alternatif (AC), plus commode à exploiter que le courant continu (DC). Au grand désespoir du génial Thomas Edison, qui perdit toute sa fortune en tentant d’imposer le courant continu face à l’autre génie de l’électricité, le Croate Nikola Tesla.

Thomas Edison, dont l’ampoule électrique à incandescence est condamnée pour ses mauvaises performances, obtient une belle revanche posthume. Le courant continu revient sur le devant de la scène technologique pour deux qualités essentielles: les pertes sur longues distances sont plus faibles et l’enterrement de lignes s’en trouve facilité. Pendant longtemps, ces avantages étaient relatifs, car l’on ne concevait pas de transporter de grandes quantités de courant au-delà de quelques centaines de kilomètres. On mentionnera une seule grande réalisation d’importance en courant continu, c’est la ligne de 600 mégawatts qui relie la Nouvelle-Zélande du nord au sud.

Mais depuis quelques années, le progrès fait des pas de géant et les lignes se multiplient. L’an passé, la Norvège et les Pays-Bas ont inauguré un câble sous-marin en courant continu de 600 kilomètres. ABB est chargé par la Chine de construire une ligne de 2000 kilomètres qui reliera les grands barrages du nord-ouest à Shanghai avec une capacité de 6400 mégawatts, soit l’équivalent de trois grosses centrales thermiques qu’il aurait été nécessaire de construire sinon en banlieue de la métropole chinoise. Dans son programme pour l’énergie, le président Barack Obama a promis 20 milliards de dollars pour moderniser le réseau électrique; une partie substantielle ira à la construction de grandes lignes en courant continu pour relier les grandes plaines balayées par les vents et les déserts aux métropoles des cotes.

Pour les ingénieurs allemands de Desertec, la barrière technique qu’on leur opposait depuis toujours tombe: le transport du courant sur des milliers de kilomètres n’est plus un obstacle infranchissable. Mieux, en couplant ce «super-réseau» à haute tension en courant continu avec une production décentralisée d’énergie renouvelable, on diversifie les sources et on assure au tout une robustesse systémique que l’on devra de toute manière envisager pour améliorer l’interconnexion des réseaux. Les ingénieurs ont fait un calcul dont les résultats ont surpris. Certes, Desertec nécessite un investissement global de 1,5 trillion d’euros, dont environ 130 milliards pour la construction du réseau. Cette somme, aussi astronomique qu’elle y paraît, est en réalité assez modeste si on la compare aux 13,6 trillions d’investissements prévus dans des centrales fossiles d’ici à 2030. Les premières études montrent que le pari financier n’a rien de fantaisiste: le coût du kWh a été évalué à 4,7 centimes d’euro par l’étude de faisabilité commandée par le gouvernement allemand, soit grosso modo le prix du kWh des meilleures centrales à gaz actuelles.

Utopie que tout cela, répondront les tenants de la politique énergétique classique. A de rares exceptions près, les électriciens parient encore sur de très grosses centrales proches des grands centres et répètent que les énergies renouvelables ne pourront «jamais» satisfaire les besoins d’une économie développée. Desertec et les ambitions américaines brisent leurs certitudes. Le transport n’est plus un obstacle. De même, répliquent les ingénieurs, il est possible de stocker de nuit une production solaire thermique excédentaire sous forme de sels fondus. Mieux, un «super-réseau» électrique a les qualités d’une batterie à l’échelle d’un continent, d’autant plus si l’on imagine à terme des lignes supraconductrices.

Enfin, Desertec offre à l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient l’opportunité de faire un saut de géant dans l’électrification, tout en valorisant une ressource renouvelable infinie. Pour l’Europe, la proposition est honnête et équitable envers l’espace Méditerranée qu’elle cherche à mieux intégrer. Le Club de Rome, dont on s’est souvent gaussé, obtient lui une superbe revanche; l’utopie prend forme et devient raison.

*Sources: www.desertec.org, New Scientist, 14 mars 2009.

Comments

Ha ! cet articles est vraiment intéressant !

Super, allons-y, construisons une grande centrale solaire. L'énergie solaire est disponible en grande quantité.